Interview arts X sciences #1

arts X sciences | InterviewRetour sur le projet arts X sciences de Natalia Giraldo soutenu par la Fondation UJM

Focus sur Natalia, lauréate du prix arts X sciences de la Fondation UJM.
Son projet raconte l'histoire de la coca grâce un dispositif numérique et visuel immersif dont le but est de lutter contre une image très négative de cette plante endémique d'Amérique du sud.

Une initiative portée en collaboration avec : 

Que vous a apporté ce projet ?

Dans le cadre de la recherche que j’ai effectuée pour le projet, il était intéressant de découvrir tout l’imaginaire construit autour de la coca, sur les indigènes, sur les usages de la coca en Amérique latine, et comment les peuples de la Cordillère des Andes ont développé une culture autour de la coca. Je voulais parler des effets bénéfiques de la coca car quand je suis en dehors de la Colombie, les gens que je rencontre font immédiatement l’association entre la Colombie et la cocaïne, Pablo escobar, etc. Pour moi, c’était très important d’évoquer ce sujet et de montrer une autre facette de la réalité.
Par ailleurs, grâce à mon master, j’ai découvert des outils technologiques qui m’ont permis de développer un langage plutôt actuel avec lequel j’ai pu parler tranquillement d’un sujet sensible. En ce moment, il y a un projet de loi en Colombie de légalisation de la feuille de coca. C’était intéressant d’évoquer par l’art un sujet d’actualité, important à ce moment de l’histoire. La technologie m’a permis d’aller plus loin, de permettre des interactions avec les gens et de parler d’une façon différente d’un sujet délicat.

Que vous a apporté cette technologie ?

Pour l’installation, j’ai conçu une machette numérique interactive composée de deux parties : un plexiglass fluo découpé au laser sur laquelle une manette de nintendo wii est fixée, que j’ai réussie à programmer avec le logiciel MAX XP. Programmer la manette m’a permis de projeter ce que je voulais sur les écrans LED, autre technologie que j’ai découvert dans mon master.
J’ai établi un partenariat avec Led’sChat basée à Marseille qui produit des écrans LED. J’ai réussi à programmer les écrans pour qu’ils puissent communiquer avec la manette. Ce logiciel offre de nombreuses possibilités, notamment de créer des interactions. Dans le cas de DENDROS, si la machette est bougée à la verticale ou à l’horizontal, cette action est immédiatement retranscrite sur l’écran. Pour moi, c’était quelque chose que j’avais imaginé sans savoir que je pourrai vraiment la réaliser grâce à la technologie.
L’installation a déjà été exposée dans le cadre du Festival Variations Numériques organisé par les étudiants des Master Réalisateurs en informatique musicale et Réalisateur en arts numériques de l’Université Jean Monnet. C’était intéressant de voir le public interagir avec l’installation. L’effet pixel art produit par les écrans LED utilisés a également attiré les enfants. La machette fluo qui se voit dans le noir, la manette nintendo utilisée, tout cela les a beaucoup séduits.

Comment s’est passée cette coopération avec l’entreprise Led’sChat ?

J’ai travaillé en récupérant des écrans qui avaient un défaut et ne pouvaient être commercialisés. Ce sont des dalles LED de 20 x 20 cm. Leur technologie est très intéressante car elle est modulaire et offre donc de nombreuses possibilités. Pour le Festival, j’ai monté un écran de 1 m² mais c’est possible de monter à un format plus grand (de 3 voire 5 m²). Pour eux, c’était intéressant de faire communiquer leur produit avec un logiciel qu’ils ne connaissaient pas MAXIM XP. C’était donc une relation gagnant-gagnant. Pour moi, en tant qu’artiste et réalisatrice en arts numériques, c’était super de découvrir un nouvel univers très intéressant. L’art du pixel a aussi apporté un effet induit : j’utilise des archives vidéos et photos pour documenter mon propos, et le fait de les projeter en mode LED, cela permet au public de prendre du recul, mouvement qui est nécessaire pour aborder le sujet que je traite dans DENDROS.

Quels sont tes projets maintenant ?

J’aimerais poursuivre un parcours artistique et développer mes compétences en réalisation et en design. J’ai obtenu un baccalauréat en design industriel et j’aime bien le design critique que j’ai trouvé grâce à l’art. Les disciplines que j’ai travaillées dans le master vont me permettre de faire encore évoluer DENDROS (par exemple, utiliser plusieurs écrans) mais aussi de développer d’autres sujets peu traités par les médias de masse. L’art permet de parler de sujets sociaux, pour lesquels on peut utiliser la technologie pour développer le propos. J’ai aussi apprécié de travailler en collaboration avec d’autres personnes. Pour DENDROS, j’ai collaboré avec des musiciens latino-américains qui m’ont autorisée à utiliser leurs musiques dans l’installation. L’intrication art / technologie / collaborations permet de s’approcher du public d’une manière plus humaine. Parfois on est saturé d’informations mais mal informé. L’art offre l’opportunité de prendre le temps de voir une exposition, de se plonger dans un sujet, d’être mieux renseigné sur un sujet.

Quelles compétences ce projet vous a-t-il permis de développer ?

J’ai appris à gérer un budget. Au départ, on conçoit un budget prévisionnel mais au fil du temps, on s’aperçoit qu’il y a des éléments à rajouter (transport, etc…), des détails auxquels je n’avais pas pensé. Pour le réseau, cette bourse est également très importante. Pouvoir dire que le projet a été soutenu, qu’il a déjà été exposé, cela permet d’ouvrir des portes. Cela me donne également plus de temps pour développer / améliorer le projet, pour aller au-delà de ce que j’ai produit pour la soutenance de master, pour envisager une autre présentation, comme celle qui est prévue dans le cadre de la Biennale du design à Saint-Etienne en 2021.

Est-ce que vous aller continuer à collaborer avec Led’sChat ?

Oui. La crise sanitaire nous a interrompus mais ils sont intéressés pour poursuivre cette collaboration. Nos relations sont très bonnes. Pour eux, c’était intéressant de voir leur produit exposé et utilisé de façon artistique. Cela a permis de recycler des écrans endommagés. Maintenant, on envisage de développer de nouveaux visuels pour les écrans produits, en enrichissant leur offre de services sur l’application utilisée par les clients.

Qu’apporte la technologie à une approche artistique ? Comment la technologie interagit avec l’art ? Au-delà de l’aspect ludique qui a plu aux enfants, est-ce qu’elle a permis d’autres possibilités techniques pour modifier le message ?

DENDROS est surtout un nouveau média alternatif qui capte l’attention du public avec lequel il peut interagir. Il a la sensation de contrôler le dispositif. Chaque mouvement de la machette modifie les images projetées sur les écrans. L’interaction que la technologie apporte à l’art permet d’enrichir la relation avec le public. C’est surtout l’utilisateur qui donne la vie à l’œuvre. Contrairement à une exposition classique où le public regarde des œuvres de manière passive. Le pixel art et son aspect ludique a également été une découverte et a donné un aspect éducatif à l’œuvre.

Qu’est-ce que la bourse vous a apporté de plus par rapport aux autres étudiants du master ?

Dans mon installation, j’ai vraiment pu travailler le propos artistique alors que beaucoup se sont concentrés sur la technique. Mais un art qui est centré sur la technique n’est pas très intéressant et le public adhère moins parce qu’il est perdu dans la technique. Il faut un bon équilibre entre un propos que le public peut comprendre et une technique accessible. DENDROS a eu du succès parce que le public pouvait manipuler un objet simple d’utilisation, un objet sensible qui pouvait les toucher et pas seulement un artefact technologique. Il faut utiliser la technologie pour faire passer un message mais ce n’est pas une fin en soi. J’ai établi un partenariat avec Led’sChat parce que je ne voulais pas utiliser la simple vidéo-projection dans le noir. Je voulais qu’on puisse utiliser l’installation dans d’autres conditions : dans la journée, dehors, etc. J’avais donc pensé l’expérience de manière plus globale.

Interview réalisée le 17 septembre 2020 par Cécile Josse et Renaud Demesmay.


En savoir plus :
- vidéo sur DENDROS tournée à l’occasion du Festival Variations Numériques
- Siteweb de l’entreprise Led’s Chat
- Le site de Natalia Giraldo

Publié le 3 décembre 2020